13 septembre 2008
Mes hommes de lettres
C’est reparti pour une autre rentrée littéraire. Encore
des noms qui énervent. Partout en ce mois de septembre, des piles de Nothomb pierre-et-gillisée
qui défient celles d’Angot ou de Jauffret… Au milieu de tout ce charivari (dans
lequel on n’a surtout pas oublié de ressortir aussi des best-sellers comme le
hérisson de Barbéry), les sirènes éditoriales officient et fondent sur les
proies-lecteurs. En ces temps d’ouragan livresque on aimerait tellement parfois
mettre au rebut nos boules Quiès –
celles qui nous servent à ne pas entendre certains médias conquis à la cause
des maisons bulldozers – et les remplacer par des boules Qui-est-ce ? Parce que la rentrée littéraire devrait être
aussi le prétexte à cela : fouiner pour tomber sur un ouvrage dont on n’a
pas entendu parler, ou encore si peu… J’ai eu la chance de vivre cette
expérience cette semaine et oh, sacrilège, je ne parlerai pas d’un roman ici
mais d’une BD de Catherine Meurisse, sortie le 10 septembre et intitulée Mes
hommes de Lettres, éditée chez Sarbacane.
Petit rappel au passage : Catherine Meurisse, née en
1980, a intégré l’équipe des dessinateurs de Charlie Hebdo en 2005.
Voilà de quoi mettre l’eau à la bouche de n’importe quel lecteur souhaitant se
faire secouer un peu les neurones. Quand on sait que la jeune femme a en plus
eu l’ambition de retracer, en un peu plus de 100 pages, l’histoire de la
littérature française du Moyen-Âge au début du XXème siècle, on
devient franchement impatient de découvrir le contenu !
Première bonne surprise : cette histoire littéraire
qu’elle nous livre est volontairement non exhaustive (qui le pourrait
d’ailleurs ?). Les choix personnels sont assumés et Catherine Meurisse
n’hésite pas à nous le faire savoir. Villon, par exemple, passe allègrement à
la trappe, comme d’autres et elle le mentionne sans honte. Et c’est tant mieux.
La dessinatrice a le trait garnement, on sent qu’elle
s’amuse, mais il y a, en même temps, dans sa BD, une vraie générosité dans la
complicité qu’elle engage avec son lecteur. Ce dernier ne peut que se délecter
des trouvailles hilarantes qui truffent chaque planche. Deux coups de crayon et
c’est le feu d’artifice. Le trait est simple mais il y a toujours ce petit
détail, un bidule qui fait mouche. C’est très culotté, tendre et intelligent. Ça
dépoussière la littérature, ça fait valser les personnages romanesques et leurs
créateurs, ça donne envie de lire ou relire tous ses classiques en une seule
fois et regretter de ne pas avoir eu l’occasion de le faire avant.
Sous des couverts légers, il y a, de plus – c’est l’autre
bonne surprise - une vraie volonté pédagogique dans cette BD (il y a certes des
raccourcis qui risquent de faire hurler les puristes, mais après tout, l’ouvrage
ne se donne pas comme autre chose qu’une porte d’entrée pour découvrir de
manière ludique la littérature française)
Même si l’auteure a fait le choix de ne pas parler de tous
les écrivains qui ont marqué la littérature française, elle trouve tout de même
le moyen d’en évoquer certains indirectement,
par des subterfuges inattendus ; c’est le cas avec Stendhal et son roman Le Rouge et le Noir par exemple.
Chez Catherine Meurisse, l’impertinence se fait respect
pour les auteurs dont elle croque les univers avec une évidente
jubilation : on ne lui en veut pas d’avoir passé Madame Bovary à la moulinette et d’avoir fait de Flaubert un psychotique
du style, on en redemande même. Elle a su trouver le juste milieu entre
l’utilisation de solides connaissances encyclopédiques qui arrivent à point
nommé dans le texte et de farfelus anachronismes qui possèdent toujours une
place justifiée dans la narration, prise en charge tout au long de la BD par un
Renart troubadour, véritable galopin qui ouvre le bal avec le Moyen-Âge.
10 février 2008
Shaun Tan
Là où vont nos pères a obtenu le prix du Meilleur Album 2008 au Festival d'Angoulême.
Cet ouvrage de Shaun Tan est composé de vignettes sans bulle. La force du trait, des coloris sépia se suffisent à eux-mêmes pour communiquer au lecteur un discours très poétique sur l'exil, le voyage, le déracinement, l'identité. La BD explose régulièrement en planches d'une beauté sidérante où l'onirisme et la nostalgie occupent une place centrale.
