air09Pour la troisième année consécutive aux Subsistances à Lyon, la Villa-Gillet et Le Monde, en partenariat avec France Inter, se sont encore mis en quatre pour livrer une édition très prometteuse des Assises Internationales du Roman. C'est à chaque fois une thématique forte (cette année : le roman hors-frontières) qui se décline durant une semaine autour de tables rondes, de conférences, de lectures, d’émissions radio et de formes d’échanges hybrides et ce sont  80 critiques et romanciers des quatre coins de la planète qui se prêtent au jeu.

Les AIR constituent un événement littéraire sans équivalent sur le territoire français et  je suis à chaque fois frappée  d'une grande frénésie lorsque se rapproche la date d'ouverture de ces assises....

Elles ont donc débuté aujourd'hui et j'y ai traîné mes canines, évidemment.
Je retiendrai un premier temps fort, ce soir :  l'émission radio l’Humeur vagabonde animée par la grande Kathleen Evin. L'écrivain américain Rick Moody était invité à évoquer A la recherche du voile noir, son roman autobiographique paru en 2002  et écrit plusieurs années après une grave dépression et un séjour en hôpital psychiatrique. Il s'est dégagé de l'intervention de cet écrivain  une grande force fragile. Il a su parler, entre autres, avec beaucoup de retenue, de pudeur et de fascination de sa passion pour l’écriture et le phrasé oral d’Antonin Artaud, qui a fortement marqué son parcours d'individu d'abord et d'écrivain ensuite. Une émotion palpable sur le plateau a émergé à l'écoute de fragments d'archives de l'INA nous offrant la voix de cet homme écorché vif et dans lequel Rick Moody a trouvé un maître à penser. C'est enfin avec  beaucoup d'humilité et d'honnêteté que l'auteur américain s'est exprimé sur son acte d'écrire qu'il ne vit absolument pas comme une démarche thérapeutique.

Demain, Rick Moody posera plus longuement son regard sur Artaud, justement, dans un temps d'échange nommé "Vu d'ailleurs"... et j'y serai !

« Je vais essayer de poser la question suivante : “Quelle valeur a l’oeuvre d’Artaud aujourd’hui ?”. Pas Artaud en tant que théoricien du théâtre ou en tant que voix “exotique” (à cause de sa folie) mais en tant qu’écrivain, que styliste. J’ai d’abord entendu parler de lui en faisant des études de théâtre à l’Université – bien avant que moi-même, comme Artaud, ne passe un peu de temps en hôpital psychiatrique. Je savais donc tout du personnage populaire, mais pour moi, il représente bien plus que cela. C’est un artiste de la métaphore, et en particulier de la métaphore biologique. Il écrit la psychologie et la philosophie à même le corps, et cette aptitude métaphorique – qui lui permet de résister au temps – est très précieuse pour un auteur qui, comme moi, écrit principalement des romans. » Rick Moody


Irma Vep