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S’il y a un lieu investi - habité - par la mémoire du cinéma, c’est bien l’Institut Lumière. Cela ne pourrait rester qu’un lieu de souvenirs flétris, un peu comme ces vieilles baraques laissées à l’abandon où – grands dieux ! – il ne faut rien toucher de peur que tout ne s’effondre en poussière, si la programmation de l’Institut Lumière, les événements, les rencontres avec les réalisateurs, ne réactivaient constamment la mémoire du cinéma pour en faire quelque chose de vivant et de toujours actuel. Les vieux films n’y sont jamais vieux, revivifiés par leurs connexions avec les films récents ou par le discours enthousiaste d’un réalisateur qu’ils ont influencé. Quant aux films récents, ils se gonflent de la sève du cinéma d’avant, mythique source de jouvence. A l’Institut Lumière, le passé n’est jamais mort. On y vit un éternel présent.

Il y a deux semaines, je suis allé voir La charge héroïque de John Ford. Je n’avais pas réservé ma place et on m’a fait asseoir sur les marches. Je tourne la tête à gauche et, sur le fauteuil à côté de moi, il y avait… Bertrand Tavernier. Avant la projection, il s’est levé et a présenté le film de John Ford devant l’audience. Il a dit : c’est un de ces films qui m’ont donné envie de faire du cinéma quand j’étais gosse. Je l’ai marqué sur un carnet juste après l’avoir vu. Pendant la projection, je n’ai pas pu m’empêcher de jeter un coup d’œil sur lui de temps à autres. La charge héroïque unifiait l’enfant et le grand réalisateur par un de ces étonnants courts-circuits temporels. J’ai vraiment eu l’impression, alors, d’être un privilégié. Après la projection, il a parlé du film, a cité de nombreuses anecdotes et, je crois, a répondu à toutes les questions que je n’aurais pas posées. Je l’aurais écouté pendant des heures. Belle leçon de partage.