LE VAMPIRE RE'ACTIF

Rubrique "Les Vagabondages du Vampire" de la Maison d'édition associative et solidaire Le Vampire Actif. Coups de sang culturels des membres de l'association.

21 juillet 2008

Cannibales

En juin dernier, dans le cadre du festival Les Intranquilles, les Subsistances à Lyon ont proposé Cannibales, une pièce de Ronan Chéneau mise en scène par David Bobee. Spectacle considéré comme creux pour certains, génialissime pour d'autres, il est loin, en ce qui nous concerne, de nous avoir laissés indifférents. En attendant un quatuor de commentaires et d'analyses qui arrivera prochainement sur cet espace, nous laissons à nos visiteurs le loisir de regarder et d'apprécier un montage vidéo de la performance.

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18 juillet 2008

Clara et la pénombre (bis)

Clara_et_la_p_nombreAux limites de l’Art…

Enigme. Pourquoi Irma Vep m’a-t-elle conseillé ce livre ? Pourquoi me l’a-t-elle offert le jour de mon anniversaire, le 16 avril ?

Des livres, elle en lit des tas (voir En cours de lecture).

Pourquoi celui-ci ?

Un jour, je me suis essayé à l’écriture. Un texte, un court roman dont certains passages lui avait fait penser à Clara.

- Mais moi, Irma, je n’ai jamais lu Clara et la pénombre !

Elle avait alors fomenté le projet de me l’offrir. Elle était même aller trouver José Carlos Somoza dans un coin sombre du Quai du polar. Elle lui avait demandé de me dédicacer ce livre. Et elle m’avait traduit le petit mot que Somoza m’adressait en espagnol sur la page de garde : Pour David Gray, dont c’est l’anniversaire. Beaucoup de bonheur et meilleurs vœux.

De Somoza, j’avais déjà lu La Caverne des Idées. Et c’est déjà assez pour établir des rapprochements, cerner les obsessions de l’auteur et les marques récurrentes de son style.

*

Les romans de Somoza ne sont jamais avares en détails qui étoffent les personnages d’un quotidien, d’une histoire, d’un passé. Somoza donne de l’épaisseur (et du même coup, excelle à rendre permanents une tension, un suspense, puisque le rebondissement peut venir de n’importe où). On sent dans ce style un peu baroque, un peu chargé, la générosité roborative du romancier qui aime ses personnages comme ses enfants. Et qui prend aussi son lecteur pour un gosse à qui il s’apprête à jouer un bon tour d’illusionniste. Alors doit-on en vouloir à Somoza d’être parfois un peu didactique dans sa manière de mener le récit ? Il nous envoie sur différentes pistes dans un final haletant – décrit heure par heure, minute par minute – comme un étudiant à l’esprit potache, qui viendrait juste de réviser ses Codes du roman policier avant de se lancer dans l’écriture. Le style est assez banal. Mais après tout, c’est peut-être aussi cela que se dédier à ses personnages.

Pour écrire, Somoza se cherche des contraintes. J’ai cru, un instant, à une reprise de La Caverne des Idées. Cette façon d’affecter à chaque chapitre une couleur, un élément graphique, pour grossir un trait, souligner une atmosphère, on peut se demander si elle n’est pas trop artificielle (tentation non assez retenue de l’illusionniste qui peine à ne pas révéler ses tours), se substituant à un style que Somoza échoue à inventer, alors qu’il excelle dans le choix de ses thèmes et les traque jusqu’à l’obsession.

Car l’essentiel est ailleurs. A travers le miroir, peut-être. Pas étonnant que les débuts de chapitres soient ponctués de citations de Lewis Carroll. Pas étonnant que l’image du miroir soit l’un des leitmotivs de ce roman. Tout fait écho à tout, chez Somoza. Les personnages de Somoza se cherchent dans leurs reflets, sur les surfaces réfléchissantes des miroirs, des voitures lustrées, des verres de lunettes, dans leurs résonances avec les autres personnages. Et on sent bien que Somoza aimerait aller plus loin, réussir l’impossible : mettre en résonance ses personnages avec ses lecteurs. Faire que ses personnages deviennent lecteurs d’eux-mêmes, et à l’inverse, faire que ses lecteurs deviennent ses personnages. La caverne des idées, polar antique, jouait avec les ombres platoniciennes. Somoza brouillaient les pistes : écrivain, traducteur, personnage, lecteur, ombres et reflets, brodaient plusieurs niveaux de réalités.

(Clara est née le même jour que moi. J’ai dit à Irma : Tu ne vas pas le croire, ce personnage, dans l’épaisseur du livre, eh bien on apprend par deux fois qu’elle est née le 16 avril, c’est-à-dire le même jour que moi !)

*

Dans Clara et la pénombre, Somoza sait éveiller la curiosité, susciter le questionnement. De quoi s’agit-il ? A notre époque, un courant artistique a supplanté tous les autres : l’Hyperdrame. Quelle en est la proposition ? La peinture a délaissé les supports traditionnels inertes pour les supports vivants : elle transforme les corps en œuvres d’art, sous les doigts de peintres qui semblent ici avoir retrouvé le statut et la superbe que – dans notre temps parallèle – ils ont perdu depuis les dernières avant-gardes. Somoza invente une galerie de personnages, génies dévoués à l’Hyperdrame, qu’abritent des Institutions structurées et très réglementées (ce qui promet à l’Hyperdrame le futur d’un académisme). Les supports humains (équivalents des toiles traditionnelles) sont préparés, « apprêtés » pour favoriser l’apparition de chefs d’œuvre. Clara est une de ces toiles vivantes et subit le gommage de toutes ses « imperfections » (ou marques d’identité) corporelles, ainsi que l’épilation totale de ses cils et sourcils avant d’être peinte.

Dans son roman, Somoza va même jusqu’à montrer les dérives de l’Hyperdrame en évoquant ses formes interdites, par exemple cet « art taché » où le corps est torturé et démantelé. Mais dans l’ensemble, il existe des fondations qui régissent l’entretien des œuvres et les transactions entre les créateurs des œuvres et leurs commanditaires/propriétaires. (Un grain de sable vient toutefois se nicher dans cette belle mécanique : des œuvres d’art sont retrouvées assassinées dans de terribles mises en scène rappelant certaines formes d’art performatif d’aujourd’hui).

On se demande à quel moment de l’histoire de l’art nous sommes parvenus avec l’Hyperdrame. S’agit-il de la plus haute forme d’art hégélienne où l’Esprit coïncide à nouveau avec la forme ? Est-ce une invitation à rejouer le conflit entre signifié et signifiant, un peu comme chez Magritte ? L’Hyperdrame a-t-il connu les turbulences duchampiennes ? Non, il semble que non. L’Hyperdrame est l’art illusionniste par excellence et est totalement dédié au beau. Que faut-il en conclure ? Il n’y a pas de lien direct entre l’histoire de l’art du XXème siècle et ce courant sorti de l’imagination de Somoza. Voilà pourquoi ce roman n’est pas à ranger dans le genre anticipation mais dans le genre uchronie. L’Hyperdrame est dans la continuité d’un art qui n’a pas connu l’évolution ni les avant-gardes qui ont mené jusqu’à notre art actuel. (On y trouve encore la présence de génies portés au pinacle, on y trouve encore un courant artistique qui fait l’unanimité quand notre art contemporain à nous est soumis à l’éclatement et à la parcellisation.)

Néanmoins, l’Hyperdrame rejoint l’art d’aujourd’hui sur un point crucial. « L’art est de l’argent. » Cette formule que Bruno Van Tysch, ce génie de l’Hyperdrame, assène comme un principe fondamental, peut faire écho à celle de Warhol : « Je suis un businessman. »

Dans ce roman, l’art s’emballe. Mais cet art excessif incarne moins les déviances intrinsèques à l’art qu’il ne reflète une autre déviance. L’Hyperdrame a généré un courant artisanal où n’importe quel corps de moindre qualité peut toutefois travailler comme objet : on rencontre donc des corps-chaises, des corps-tables, des corps-cendriers, etc. Bref, le corps est devenu, plus qu’à toute autre époque, une marchandise qui génère des flux monétaires.

Revenons à nous et à notre aujourd’hui : une exposition « artistique » dans les années 2000 expose des corps humains conservés selon un procédé révolutionnaire, la plastination, mise au point par le docteur/plasticien Von Hagens (personnage de roman à lui seul et pourtant bien réel). Une partie de la société s’insurge. Est-ce vraiment de l’art ? L’histoire montre qu’il suffit souvent de se poser la question pour que cela le devienne… Aujourd’hui, quelques années après la première exposition de Von Hagens en Allemagne, nous trouvons une exposition de ce type à Lyon : Our body, sous les doubles auspices de l’art et de la science – double entrée pour double flux de spectateurs.

Il est clair que l’Hyperdrame de Somoza (comme les plastinats de Von Hagens) est destiné à exciter le voyeurisme des gens. Si c’est de l’art, c’est un art alimenté par la société-spectacle. Somoza nous le fait bien sentir en organisant ce spectaculaire vernissage à la fin du livre qui ressemble à une sacralisation de l’art (quand une fonction de l’art serait de désacraliser). Voilà bien l’ambiguïté de l’Art : il est toujours prêt à accueillir sous sa généreuse bannière ce qui en déjoue la cohérence et risque de le faire imploser. Ainsi : comment faire accepter aux gens le voyeur qui est en eux ? Comment faire accepter l’idée du corps comme marchandise ? Utilisons l’Art ! L’Art révèle les perversions tout en les masquant et donc contente autant le spectateur que le spéculateur, le critique que le polémiste.

*

Pourquoi Clara désire-t-elle à ce point être exposée comme œuvre d’art ? Somoza s’attarde, en bon psychiatre, à comprendre l’origine de ce désir, à traquer ce qui, dans le passé de Clara, la pousse à s’exposer, à être apprêtée, modelée, peinte, vernie, cherche en quoi son identité dépend à ce point du regard des autres jusqu’à s’y disperser.

Une chose est sûre, Clara en tant qu’œuvre d’art risque fort de durer. Au-delà du désir de s’exposer au regard d’un spectateur, elle cherche l’immortalité qui - au même titre que la beauté - caractérise les déesses. Si je deviens une œuvre d’art peut-être serai-je immortelle ? On voit bien le caractère spécieux du raisonnement. Si l’art vise à rendre l’humanité immortelle, elle ne rend pas immortelle la personne humaine (comme individu faisant partie d’un tout). Préservons l’art et nous serons immortels, dussions-nous tous mourir comme personnes ! Voilà bien une façon angoissante de faire jouer l’Art contre l’homme, l’Idée contre le corps…

David Gray

Posté par David Gray à 09:28 - Somoza José Carlos - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

25 juin 2008

Brothers

BrothersJe ne résiste pas à l'envie d'évoquer ici, Brothers écrit par Yu Hua, auteur d'origine chinoise, même si je n'ai lu que les cent premières pages de ce monument (dans tous les sens du terme!.. 717 pages!) Le roman, sorti en traduction française chez Actes Sud en avril dernier semble être une œuvre absolument étonnante, dérangeante et incontournable si nous voulons comprendre l'état de la Chine actuelle. Une lecture essentielle, donc, avant, pendant et après les J.O. de Pékin. Quoi qu'il en soit, ce que j'en ai pour l'instant découvert est très décapant!

Je vous livre ici la critique de Mikael Demets publiée sur Evene :

"L’écriture de Yu Hua possède assez de légèreté pour que la lecture, rythmée, portée par des chapitres courts, tienne la distance de ces 700 pages. Dès l’ouverture, le ton humoristique étonne par sa propension à l’exagération : un soupçon de scatologie surprenant stimule un récit enlevé. Yu Hua narre la vie de ces deux demi-frères, Li Guangtou et Song Gang, qui grandissent en même temps que la Chine. Quand s’abat soudain, au beau milieu de leur enfance, la Révolution culturelle, le récit bifurque d’un coup : d’une atmosphère insouciante et piquante, on bascule dans l’horreur. L’auteur décrit cette explosion meurtrière à travers un lynchage ou une séance de torture choquante. Tout le livre repose sur cette faculté de mutation de la plume de Yu Hua, capable d’embrayer sur un rebondissement terrifiant de cruauté après une scène ridicule décrivant, par exemple, un trafic d’hymens artificiels (!). Ainsi, chaque passage met l’autre en valeur, et la pureté des sentiments - l’amour des deux frères en premier lieu - paraît encore plus intense.
Des grandes fresques littéraires, Yu Hua conserve la densité, tout en préférant à leur grandiloquence un ton absurde et burlesque. Pourtant, c’est cette voix atypique, sans pudeur ni souci de crédibilité, qui donne à ‘Brothers’ la force pénétrante d’une oeuvre majeure. En imaginant un concours “Miss jeune vierge” ou en greffant une poitrine féminine artificielle à son héros, c’est la folle histoire de la Chine des années 1960 à nos jours que dépeint Yu Hua. Derrière la gaudriole, l’écrivain chinois caricature, dénonce, raille, admire ou regrette et, finalement, à force de la déformer, cerne la réalité. Le roman parvient à recréer l’évolution d’une population schizophrène embarquée contre son gré dans la marche en avant effrénée de l’Histoire. En résulte une œuvre déroutante, instable, à l’image de la Chine actuelle, qui prend au fil des pages une ampleur saisissante."

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24 mai 2008

Mort anonyme

mort_anonyme_Très cher David Gray,

Me pardonnerez-vous ma présence sporadique de ces dernières semaines dans les lignes de cet espace que nous partageons ?… J’ai pourtant, depuis quelques temps maintenant, terminé la lecture d’Un homme de Philip Roth. Cependant, ce n’est pas de ce texte dont je parlerai ici, non pas que je ne veuille rien en dire mais il poursuit encore son travail en moi… et je le laisse pour l’instant échanger avec L’homme et la mort d’Edgar Morin et entrer en dialogue avec La mort en direct, un surprenant film d’anticipation de Bertrand Tavernier sorti en 1980 que j’ai découvert la semaine dernière.
C’est qu’entre temps, aussi, je me suis promenée dans les univers de Kôbô Abé, véritable pilier de la littérature japonaise du 20ème siècle et dont je viens de croiser le chemin pour la première fois. Je m’étais promis de lire un jour La femme des sables dont Hiroshi Teshigahara a livré une adaptation cinématographique récompensée par le prix spécial du jury au festival de Cannes en 1964… Mais comme souvent avec les nouveaux auteurs que j’approche, c’est un autre livre que celui auquel j’avais initialement pensé qui se retrouve entre mes mains… Chemin sinueux, disiez-vous, je crois…

Mort anonyme est un recueil de nouvelles publiées entre 1949 et 1966 où le narrateur, dans chacune d’elles, se retrouve également personnage principal et doit s’accommoder de l’Autre, toujours associé à une mort soit déjà avérée, soit à venir, soit fantasmée.

Le titre du recueil porte le nom de la première nouvelle et il est intéressant de constater que les personnages-narrateurs mis en scène dans les textes sont souvent désignés par la première lettre de leur nom, non pas pour préserver un anonymat – à quoi cela servirait-il dans un univers où l’Autre peut nous retrouver où il veut, quand il le souhaite ? – mais plutôt pour ramasser une identité à son strict minimum : un signe graphique, vide de sens, arbitraire, donc dépersonnalisant. A partir de cet instant le cadre est posé. Si le je ne possède plus de critères identitaires nets, il ne pourra plus les exiger ou les chercher chez l’Autre à qui il devra se confronter et qui apparaîtra alors dans toute son étrangeté : ce sera l’Autre mort, l’Autre démultiplié, l’Autre étranger, l’Autre transformé, l’Autre morcelé… C’est aussi pour cette raison que le corps de cet Autre est perçu dans toutes les nouvelles comme inquiétant parce qu’absent ou trop présent.

Les récits constituent autant de réflexions sur la quête et la perte identitaire, sur la manière dont le regard de l’Autre peut être piégeant, aliénant et infernal au sens sartrien du terme. On y côtoie parfois le fantôme de Kafka dans l’aspect absurde et terrifiant des aventures et des rencontres que vivent les protagonistes, dans la métamorphose que subit leur corps quelquefois, devenu un élément qu’ils ne reconnaissent et ne maîtrisent plus. On pense aussi aux atmosphères de certaines nouvelles fantastiques de Maupassant lorsqu’il y est question de sourdes angoisses déclenchées par un environnement quotidien devenu tout à coup étranger.
C’est, par exemple, une route au bout de laquelle se matérialise un virage. On sait ce qu’on va trouver après celui-ci mais tout à coup le doute s’installe. La certitude s’effrite. Et si cet environnement familier était depuis toujours le fruit de notre imagination ? Parce que, finalement, qu’est-ce que la réalité sinon une construction de l’esprit ? Et puis, est-ce que les lieux et les personnes existent encore à partir du moment où on ne les perçoit plus ?

On revient toujours aux mêmes questionnements finalement. Qui est l’Autre et comment puis-je composer avec, à partir du moment où il refuse, où il lui est impossible d’être la surface qui me rassure et dans laquelle je peux me réfléchir? Le narrateur, espèce de Narcisse amputé de son reflet, va devoir fracasser son âme sur un mur de questionnements existentiels auxquels aucune réponse satisfaisante ne pourra être apportée. La conscience accrue et impitoyable qu’il a alors de l’absurdité de la condition humaine le broie littéralement, le fait vaciller, parce qu’il essaie également de comprendre la raison de la désorganisation du monde dans lequel il tente malgré tout d’avancer. Les mêmes constats émergent alors : l’homme censé n’a plus sa place dans l’univers qui l’a pourtant vu naître. Sa rationalité l’en écarte car le chaos s’est installé en tant que nouveau repère, nouvelle normalité. La folie qui découle parfois de cet acharnement du narrateur à savoir qui il est, comment il gère l’altérité rejoint certaines thématiques beckettiennes auxquelles Kôbô Abé semble attaché.

Le discours cinglant, ironique et parfois comique sur l’homme empêtré dans les aberrations et les détraquements de son quotidien prend ainsi, chez l’auteur, la forme d’histoires mettant en scène un cadavre anonyme que le narrateur trouve à son domicile en rentrant de son travail, une famille inconnue composée d’individus tous aussi affreux les uns que les autres, qui investit de manière tyrannique un appartement déjà occupé, un homme condamné à se transformer en plante, un extraterrestre en quête de reconnaissance… C’est aussi un fantôme qui ne parvient pas à renoncer à l’existence terrestre et qui va investir le premier corps à disposition à chaque fois que l’enveloppe charnelle dans laquelle il s’est glissé n’est plus en bon état. Mais à quoi se condamne-t-on lorsqu’on ne veut pas se séparer de la vie, lorsqu’on cherche à berner la Camarde?

Parmi les dix textes qui forment le recueil, certains développent des images extrêmement puissantes. Dans La vie d’un poète, il est question d’une pauvre mère fatiguée qui, entraînée par sa machine à tisser, va se laisser filer et transformer en veste vivante empêchant celui qui la revêt de mourir de froid… Voici là une surprenante déclinaison de l’image de Clotho, la fileuse, une des Trois Parques de la mythologie grecque.

Quant à la nouvelle Le pari, le lecteur se retrouve plongé dans une histoire où un architecte est confronté à la construction d’un immeuble qui aurait pu être pensé par Max Escher… On se prend à rêver qu’un tel texte puisse un jour être mis en images par Spike Jonze et David Lynch réunis après qu’ils se soient tout à coup passionnés pour la théorie de la relativité…

Je terminerai en disant qu’un grand nombre de récits de ce recueil peuvent faire penser à ces rêves ou ces cauchemars qui nous envahissent parfois dans une demi-conscience, lorsqu’allongés, nous ne sommes pas tout à fait endormis ni encore complètement éveillés. Les songes qui surgissent dans cet entre-deux laissent souvent, de leur passage dans nos esprits, d’angoissantes sensations parce qu’ils ouvrent une brèche dans notre quotidien apparemment sans aspérité en suggérant d’effrayantes alternatives à ce dernier…

J’espère pouvoir vous lire prochainement, David. Vous savez combien nos échanges sont pour moi une nourriture tout aussi vitale que le sang de ces ouvrages dont je parle régulièrement.

Très chaleureusement,

Irma Vep

Posté par IrmaVep à 20:15 - Abé Kôbô - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

03 mai 2008

Etonnants voyageurs

jpg_Affiche_Web_GrandeLa 19ème édition du Festival Etonnants Voyageurs de Saint-Malo se déroulera cette année du 10 au 12 mai 2008. Non loin de 300 invités prestigieux issus de la scène internationale littéraire et cinématographique évoqueront, à travers de nombreuses rencontres, ateliers, spectacles et projections, la thématique "Migrations" retenue cette année et où y seront traitées les "question[s] de la quête et des pièges de l’identité, de la ville Moloch et de la Ville lumière, de l’errance et de la demeure, des épopées fondatrices, des diasporas à travers les âges, de la perte et de la reconquête de soi, de la langue, aussi, et de son invention. De la langue, où toutes ces questions se retrouvent, portées à incandescence, et d’abord celle de la littérature. Ainsi : la langue nous détermine-t-elle, nous impose-t-elle au final ses valeurs quoi que nous fassions? Dit-elle « l’âme d’un peuple », signe-t-elle son identité? Où nous retrouvons l’urgence de la littérature. Poètes, romanciers, ce sont les écrivains, d’abord, qui nous donnent à voir l’inconnu du monde. Faisant œuvre de son chaos, ils le mettent en forme, du même coup, lui donnent un visage, le rendent habitable. Pas étonnant, tandis que la course des choses nous interpelle, met bas nos catégories, nos convictions, nos préjugés, nous intime de penser autrement, si à travers revues, colloques, manifestes nous nous interrogeons de nouveau sur les puissances de la fiction..." (Michel Le Bris, Président de l’Association Etonnants Voyageurs)




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